Amapola - Le blog d'Olivier Sebban

samedi 15 janvier 2011

France Culture. W Faulkner

Chers lectrices et lecteurs, n'hésitez à pas écouter l'émission "Une vie une Œuvre"  dimanche 16 janvier, de 16h à 17h, sur France Culture, consacrée à William Faulkner. Une émission à laquelle j'ai eu le plaisir de participer en tant qu'invité.   

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dimanche 2 janvier 2011

Mission Stendhal à New-York Culture France

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Chers lecteurs, je suis très heureux de vous annoncer que je viens d'obtenir une bourse Stendhal pour aller  écrire un roman dont la ville de New-York sera l'un, sinon le personnage principal. L'occasion pour moi de m'attaquer à un livre qui me tient à cœur depuis longtemps !

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mardi 6 juillet 2010

Extrait d’une interview de Jim Harrison, conduite par Jim Fergus pour la Paris Review n° 104


 

 

Interviewer

 

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes écrivains ?

 

Jim Harrison

 

Juste de commencer à la page un et d’écrire comme un fils de pute. D’être totalement familier avec toute la tradition littéraire occidentale et, si vous avez encore le temps, d’aller voir la tradition orientharrisonale. Parce que comment pouvez-vous écrire bien si vous ne savez pas ce qui est considéré comme le meilleur des trois ou quatre cents dernières années ? Et ne négligez pas la musique. Je pense que la musique peut aider vraiment. Maintenez vos distances avec les obligations religieuses, politiques et sociales. Et j’aurais tendance à pensez qu’il ne faut pas abandonner tant que ce n’est pas évidemment et totalement impossible. Comme l’image Dostoïevskienne – quand vous voyez le mur vous êtes censé mettre les mains sur le côté et vous lancer dedans la tête la première encore et encore. Et pour finir, je les avertirais que la démocratie ne s’applique pas aux arts. Il y a un très petit pourcentage de gens qui ont tout et tous les autres n’ont virtuellement rien.

 

Vous pouvez lire sans restrictions les romans de Jim Harrison, à commencer par Dalva, La route du retour, Faux Soleil, Sorcier ainsi que ses nouvelles : Légendes d’automne par exemple.     

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vendredi 11 juin 2010

"Le jour de votre Nom" Prix François-Victor Noury


Chers lectrices et lecteurs de ce blog,

Je suis très heureux et très honoré d'être lauréat du prix François-Victor Noury de l'Institut de France pour mon second roman "Le jour de votre Nom".

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lundi 7 juin 2010

Giono Melville

Voici un extrait du très beau livre de Jean Giono : « Pour saluer Melville ». Occasion d’évoquer deux de mes auteurs favoris. L’extrait de Giono ne pourrait être plus explicite et me va totalement. Droit au cœur ! Je vous conseil la lecture de Giono, grand styliste et grand métaphysicien, « un roi sans divertissement », « Les âmes fortes » « Le chant du monde », par exemple. Snober encore Giono serait vraiment stupide. Je vous recommande bien sûr celle d’Herman Melville et de son  chef-d’œuvre : « Moby Dick »  

 moby_dick_gravureL’œuvre n’a d’intérêt que si elle est un perpétuel combat avec le large inconnu. A moi de construire mes compas et ma voilure. Le jeu c’est de toujours partir pour tout perdre ou pour tout gagner. Avec le livre qu’il vient d’écrire et qu’on va publier, on va le prendre pour un rebelle. Les gens aiment la classification. Il n’est un rebelle que parce qu’il est un poète. On ne peut le classer qu’à son nom. Il n’est pas plus un écrivain de la mer que ce que d’autres sont des écrivains de la terre. Il est Melville Herman Melville. Le monde dont il exprime les images, c’est le monde Melville. Et après ça que Dieu soit béni. S’il y a une continuité dans son œuvre, que se soit seulement sa marque. Ses titres ne sont en réalité que des sous-titres ; le vrai titre pour tous ses livres c’est Melville, Melville, Melville, et encore Melville, et toujours Melville. Je m’exprime moi même ; je suis incapable d’exprimer un autre être que moi. Je n’ai pas à créer ce que les autres me demandent de créer. Je n’entre pas melvilledans la loi de l’offre et de la demande. Je crée ce que je suis : c’est ça un poète. Il réfléchissait que, s’il voulait, il serait aussi habile que d’autres à faire du commerce littéraire. Mais, quelle vie insignifiante. Ils devaient crever d’ennui. Quand il était, au contraire, lui, perpétuellement tourmenté, perpétuellement inquiet, toujours haletant de courses et de poursuites, toujours anxieux de ce qui allait surgir après le détour. Terrassé par de terribles désespoirs sans issue, avec des créations qui foutaient le camp et s’écroulaient comme de la boue, se disant : tu es un Jean-foutre, incapable de créer la moindre chose ; et d’autres fois soulevé d’enthousiasme, il se disait : ça y est, les petits copains peuvent toujours se l’accrocher. On le croyait riche, il était pauvre. On lui disait qu’il n’avait pas vraiment suivit les goûts du public et travaillé suivant ses goûts. Il répondait : « je suis célèbre et il y 41D5K9J635Ldes pauvres bougres qui me lisent et disent : ça c’est un chic type. Et ils sont contents de savoir qu’il existe un chic type ; qu’est-ce que vous voulez de plus. » Oui, mais, paraît-il, il avait trop négligé de surveiller sa maison de commerce. Oui, il disait sa maison de commerce ; se désintéressant d’un livre dès qu’il paraissait pour se consacrer entièrement à celui qu’il allait écrire. « Il faut faire un peu de réclame », lui disait-on. Ah ! Il avait de la réclame à faire pour autre chose : de la réclame pour la boutique de dieu-le-père, voilà mon boulot. »    

Jean Giono  « Pour Saluer Melville »                        

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mardi 30 mars 2010

Avant d'écrire. "A la maniére de John Gierach"

DSCN0123Vous vous réveillez tôt le matin, à la fraîche, l’expression convient parfaitement, même si vous avez la certitude que la journée sera chaude et le ciel bleu, intense comme il l’est si rarement à Paris. Vous passez par la cuisine, récupérez votre petit déjeuner et sortez sur la terrasse pour vous installer dans le jardin, derrière la petite maison en brique où vous séjournez avec votre compagne. Assis dans un fauteuil en tissu imperméable, modèle utilisé par les pêcheurs du coin, vous mangez tranquillement en regardant le grillage où vous avez aperçu, la veille, dans les phares de votre voiture, un énorme raton laveur. Vous observez devant vous les broussailles et les maisons cachées derrière de grands pins. Quelques écureuils gris bondissent entre les branches d’un chêne rouge. Un geai bleu, plus gros que nos merles, un cardinal rouge vif, un robin, se posent parfois dans l’herbe. Deux chats tigrés viennent vous saluer et renifler la mousse sur la terrasse. Ca commence comme une journée de pêche à la mouche décrite par John Gierach, Traité du Zen et de l’art de la pêche à la mouche, dont je vous recommande la lecture, même si de votre vie vous n’avez jamais capturé la moindre truite. Il s’agit du début d’une matinée de travail et de concentration. DSCN0134Vous allez bientôt rejoindre l’un de vos endroits favoris pour écrire les derniers chapitres de votre second Roman. Café à volonté. Le Globe ou le Walker’s ? Au Globe il fait frais et des portraits d’écrivains Irlandais que vous aimez sont accrochés au mur. Le nom du Pub vous évoque un certain Bill S, son théâtre londonien construit sous le règne d’Elisabeth. Pourtant vous êtes à une centaine de miles au sud-ouest d’Atlanta, à Athens, Georgia, ville universitaire du vieux Sud des Etats-Unis. Maintenant vous traversez à pied l’Université. Une demi-heure de marche. Vous longez le stade de foot, les bâtiments de briques rouges et leurs colonnes blanches de style néoclassique. Magnolias, chênes, pins, chèvrefeuilles, caroubiers. La terre est rouge. Quelque chose de british DSCN0141tombé par accident sous un climat subtropical ; mais les ombres sont si larges sur les pelouses et vous avez longé un vieux cimetière où des soldats confédérés sont enterrés. A midi vous irez sans doute déjeuner au Five Star, vous lirez ensuite un peu de Giono, Un roi sans divertissement, peut-être Erskine Caldwell, Toute la vérité, un auteur considérable qui vécut dans la région.

 

Vous êtes en Caroline du Nord, à Black Mountain. Vous vous rendez à pied au Dripolator coffeehouse, tôt le matin, à la USA_001fraîche, l’expression convient parfaitement. Vous irez vous asseoir à l’écart afin d’écrire les derniers chapitres de votre second roman. Vous avez dormi dans une immense maison isolée au milieu des bois. Les gens du coin l’appellent le manoir. On vous a montré des chausse-trappes dans les lambris. Le propriétaire y dissimulait ses bouteilles d’alcool pendant la prohibition. De quoi stimuler votre curiosité et votre imaginaire. Vous allez solitaire, une ribambelle de fantômes accrochés à vos basques depuis que vous avez claqué la porte. Vous longez de petites maisons de style colonial, croisez de temps à autre la flèche blanche d’une église. Un type au volant d’un pickup 12 cylindres en V, passe et vous salue. Vous venez d’une très ancienne civilisation. Peu importe. Les civilisations ne font que se succéder, conformer leurs destinées les unes aux autres. Vous parvenez au centre ville : Short et Tennis. USA_009Que deviennent les vieilles civilisations quand la majorité de leurs citoyens ont perdu le sens de la langue ? Que deviennent les civilisations quand les récits fondateurs ne réinventent plus le réel ? Vous êtes sans doute trop pessimiste. Vous avez embarqué Cendrars avec vous,  La prose du transsibérien et Lorca pour garder un pied en Espagne, un pied ici et ailleurs, dans la dining_Dripolatorcivilisation. Vous avez aussi prévu Neruda et Derek Walcott dans la sacoche de votre ordinateur. Vous songez que Thomas Woolf n’habitait pas loin, à Asheville où Fitzgerald tira quelques coups de révolvers au plafond d’un hôtel. Beaucoup de bons écrivains sont passés et ont vécu dans les environs.

Vous êtes loin. Quand vous rentrerez en France vous aurez tout le temps de penser à votre subsistance, à votre survie. Certaines vieilles cités vous manquent, mais ici, au moins, vous ne pensez pas à l’accueil qu’on réservera à votre livre quand vous l’aurez terminé. Ici vous n’êtes n584154252_472089_8741pas obligé de parler, de forcer votre nature ou d’avoir l’air spirituel. Ici on vous salue Ici vous aimez saluer les gens. Vous essayez de parler leur langue. On est indulgent. Vous songez qu’écrire ce n’est pas expliquer ni transmettre, mais peut-être essayer de fraterniser avec quelque chose. Vous espérez y arriver. Pas facile. Il faut s’éloigner. Dans l’après-midi vous irez en montagne, arpenter un sentier cherokee, dans les Appalaches ou ailleurs, et le travail du lendemain s’accumulera lentement en vous. cezanneIl faut s’éloigner. Vous irez bientôt à New-York, grâce à deux amis. Au Moma vous attend un Cézanne, une nature morte, un choc. Vous irez aussi à Oxford Mississippi visiter ce cher W F, à Charleston et Savannah, offerte intacte à la fin de la guerre civil. Un cadeau de noël du Général Sherman au Président Lincoln. Une jeune civilisation arbore très vite les stigmates de sa propre histoire, renoue toujours avec les bégaiements de ses sœurs ainées.

Maintenant vous êtes en France. Il pleut cette petite pluie fine, agaçante. Personne ne vous salue dans les rues. Il faudrait songer à s’éloigner. 

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mercredi 10 mars 2010

Parution au Seuil le 11/03/2010 du " dictionnaire  des personnages populaires de la littérature des XIX et XX siècles" dans lequel, parmi de nombreux autres écrivains, j'ai publié une notice sur "Le Père Goriot" de Balzac. Je vous recommande bien entendu la lecture de cet ouvrage !
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mardi 19 janvier 2010

Madrugada de pintas y James Joyce Admiradores del escritor se reúnen en Nueva York para leer 'Finnegans wake'

joyceArticle signé Eduardo Lago, tiré du quotidien national espagnol : El Pais

En un ensayo titulado El fonógrafo de Joyce, Jacques Derrida cuenta que estando en una librería de Tokio oyó a un turista estadonidense exclamar: "¿No sería posible reducir tanto libro como se publica en el mundo a uno solo?". "Tendrían que ser dos", fue la respuesta del filósofo francés, "Ulises y Finnegans wake".

No todo el mundo estaría de acuerdo. El consenso, prácticamente universal, es que estas dos obras de James Joyce (1882- 1941) ocupan el primer puesto de dos listados completamente distintos: Ulises (1922), una de las cumbres de la literatura universal, es la mejor novela jamás escrita en lengua inglesa. En cuanto a Finnegans wake (1939), título final de Joyce, al que dedicó 17 años de su vida, posiblemente sea el texto literario más oscuro e impenetrable de todos los tiempos.

Entre el final de una y el principio de otra medió un año durante el cual Joyce fue incapaz de escribir nada. Su imaginación se despertó de repente el 9 de marzo de 1923. En una carta dirigida a su amiga, la editora Harriet Weaver, fechada un día después, el autor anunciaba así el nacimiento de su siguiente novela: "Con gran dificultad, ayer cogí la pluma y conseguí escribir dos páginas". Siguieron casi dos décadas de entrega absoluta. Un nutrido grupo de admiradores, entre los que figuraban los escritores más notables de su tiempo, siguió con atención la laboriosa gestación del texto, que fue apareciendo por entregas en diversas publicaciones bajo el título provisional de Obra en curso. La extrañeza de los fragmentos que iban apareciendo sumió a los seguidores de Joyce en el estupor, pero nadie se aventuró a hacer un juicio definitivo hasta ver la obra publicada. Cuando eso ocurrió, en 1939, la reacción mayoritaria fue de rechazo. Una de dos, o el gran maestro había perdido la cabeza y había producido un monstruo literario inclasificable, o bien Joyce se sumergió en una experimentación radical con el lenguaje. Fuera como fuere, el texto de Finnegans wake era completamente ininteligible.

Es justo aquí donde entra en juego la magia de Joyce: pese a la extrema inaccesibilidad de sus propuestas narrativas, sucumben a su fascinación desde los especialistas a gente con escasa preparación literaria. Un artículo publicado el pasado 16 de junio en el Irish Times, fecha en que transcurre la acción de Ulises, conocida como Bloomsday, reveló que la mayoría de la gente que salía a la calle disfrazada de personaje de la novela no la había leído, aunque muchos lo habían intentado. Con Finnegans wake, cuya dificultad es muy superior a la de Ulises, el misterio se agiganta.

Quizá sea en Nueva York donde hay una mayor tradición celebratoria de la oscura novela del escritor irlandés. Cuando se publicó la primera edición en 1939, se escenificó un velatorio (uno de los significados del vocablo wake es velatorio) en la librería Gotham en el que participaron celebridades literarias de la época disfrazadas de personajes. En esta misma librería, desaparecida en 2006, se fundó en 1947 la James Joyce Society, cuyo carné número 1 ostentaba T. S. Eliot. Y allí mismo se fundó también, hace ahora 20 años, The Finnegans Wake Society. Desde entonces, los componentes de la sociedad se reúnen el último miércoles de mes para leer y comentar la obra. Entre los miembros figuran representantes de toda clase de profesiones. La primera lectura del texto, cuya extensión total es de 628 páginas, duró cinco años. Al hacer balance, se consideró que tal vez se había procedido con excesiva precipitación. La segunda lectura comenzó en 1996. Por ahora van por la página 344.

Para los finneganianos de Nueva York, el equivalente a Bloomsday es La noche de Earwicker, en alusión a un personaje del libro así llamado. Conviene indicar que la acción transcurre íntegramente de noche. El miércoles 13 de enero, aniversario de la muerte de Joyce, unos 40 finneganianos acudieron a un antiguo pub irlandés del sur de Manhattan para celebrar Earwickernight. Los asistentes entablan una animada conversación mientras dan cuenta de una guinness o un whisky antes de sentarse a cenar en mesas comunales. "Seamos honestos", dice Charlie Caruso, periodista en Newsweek y The New York Post durante más de 50 años, "el libro es un desastre, pero consigue algo que no consigue ningún otro: reunir a su alrededor a un montón de gente maravillosa". Ron White, miembro fundador, no está de acuerdo: "Por supuesto que tiene sentido, sólo que no es posible descubrirlo a solas. Hay que leer el libro en grupo".

A una indicación de Murray Ross, el presidente, el maestro de ceremonias, un hombre de pelo blanco, sonrisaKevin_Gilroy_Murray_Ross_Victoria_Harding perenne y gestos pausados, Kevin Gilroy, da comienzo a la velada. Antes de engolfarse en el juego de charadas, pasatiempo favorito de la familia Joyce, el grupo entona Finnegans wake, balada tradicional irlandesa que narra la resurrección de Tim Finnegans, al derramarse sobre él una botella de whisky en pleno velatorio, historia que por supuesto aparece en la novela. Los finneganianos cantan a capella y no desafinan demasiado. Concluida esta parte del ritual, se aprestan a iniciar el juego de adivinanzas. Ross y Gilroy arrojan al interior de un sombrero hongo unas papeletas en las que aparecen frases extraídas del enigmático volumen. Distintos voluntarios las van leyendo en silencio para sí y, mediante gestos, intentan trasmitir su contenido a la audiencia. Resulta asombrosa la facilidad con que, una a una, logran identificar las frases secretas, hasta que sólo queda la última. Una chica la extrae mientras la asamblea de finneganianos la observa, gozosamente tensa. La esposa de Humphrey Earwicker, presencia que Joyce envuelve en un misterio que la hace particularmente atractiva, responde al nombre de Anna Livia Plurabelle. Los sinuosos movimientos que hace con las manos la encargada de representar la última adivinanza logran transmitir el viaje que efectúa por el tiempo la elusiva criatura de ficción. Como si lo hubieran ensayado, varios asistentes se ponen en pie de un salto y recitan al unísono: "Anna fue, Livia es, Plurabelle será". Imposible no imaginarse a Joyce riéndose en su tumba.

 

 

Eduardo Lago, director del Instituto Cervantes en Nueva York, es miembro fundador de la española Orden del Finnegans.

       

 

 

 

                                          

 

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vendredi 1 janvier 2010

Martin Eden ou la victoire dans l’échec


jacklondon1902Il n’existe pas d’autre école d’apprentissage que le travail acharné en matière de littérature. L’inspiration n’est sans-doute pas à négliger pour un écrivain, mais elle est inutile sans de nombreuses lectures, de longues heures passées à forger un récit en tâcheron du style. Qui souhaite comprendre ce qu’endure un romancier tout au long de ses années de formation, et plus tard, alors qu’il battit encore son œuvre, devrait lire au moins deux choses : le splendide roman de Jack London, Martin Eden, et la correspondance de Flaubert, abordée dans un précédent article.

Martin Eden, récit initiatique, celui de la formation d’un artiste dont l’abnégation le conduira au succès, mais aussi à sa perte, est un roman fortement autobiographique. Chacune des épreuves traversées par Martin, Jack les a endurées. Ce portrait de l’artiste en jeune homme donne une idée des affres soulevées par cette étrange velléité : écrire. Une activité qui n’est pas plus un choix qu’un passe-temps, mais une nécessité absolue, un appel. Bon qu’à ça ! disait Beckett. Personne ne prend au sérieux Martin, modeste pêcheur passionné par les livres, lorsqu’il décide d’écrire. Personne, pas même Ruth, la jeune fille éthérée appartenant à la bourgeoisie qu’il convoite, parce qu’elle incarne pour lui le lieu du raffinement et de la connaissance. Il doit affronter les découragements et se défier du pessimisme général, s’affranchir des lois sociales et des préjugés de sa classe, investir celle de Ruth, non moins pessimiste et dubitative à l’égard de ses ambitions. Au sein du milieu aisé ou populaire, les rêves d’accomplissement, de conformité, les codes de bienséance sont étrangers à l’art. Martin le comprendra rapidement et perdra ses illusions.

C’est sa peau, que Martin, semblable à Jack London son double de chair, laisse sur la table de travail. Il s’attaque à son 9782264024848FSlabeur, déterminé à écrire une œuvre et faire fortune. Faire fortune en littérature, idée saugrenue dirions nous aujourd’hui. On pense à ce qu’écrivait Melville dans une lettre adressée à Hawthorne : Les dollars me condamnent. Ce que j’ai le plus envie d’écrire ne paiera pas. Pourtant, je ne peux pas écrire autrement. Personne à l’époque ne misa sur Martin et personne à l’époque ne misa sur Jack, penché sur sa machine à écrire, réduit à laisser au clou son imperméable, sa montre et sa bicyclette, suant et s’usant à rédiger des nouvelles refusées par des magazines qui plus tard, les publieront à prix d’or. Ecrire, lâché par tous, crever de faim à défaut de mécène, c’est l’expérience que Jack vécue pendant six ans. Ce sera moins long pour Martin, obligé comme son créateur, de retourner parfois à des travaux abrutissants qui l’empêchent mener à bien son sacerdoce littéraire. Difficile de tenir l’équation entre une occupation exclusive et ce que les braves gens appellent les lois de la réalité.

La fortune, Martin l’obtiendra. Une richesse acquise au prix d’une grande solitude. La quête individualiste de Martin ne peut mener qu’à la catastrophe. Elle porte en elle le germe de sa chute. Néanmoins, Martin Eden ne doit pas être lu comme un roman politique. Martin, célébré, reconnu, reste fondamentalement inchangé. Seul le regard des autres le transforme. Il n’y a qu’une seule réussite, qu’une seule ivresse à trouver en littérature : Celle que procure la création. Le reste devrait ne pas compter. Pourtant, le reste conditionne l’existence d’un écrivain. On ne crée pas sans en payer le prix. Est-il à la portée d’un homme de façonner un monde ? C’est peut-être la question essentielle que pose ce grand roman. Il n’existe, derrière cette interrogation, nulle idée de châtiment divin. Il s’agit simplement de comprendre comment un artiste doit cohabiter entre le monde qu’il façonne, auquel il insuffle vie et loi, et celui dans lequel il doit vivre.

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dimanche 27 décembre 2009

A Propos NEW-YORK

USA_077New-York me fascine. Cette cité dont je rêve depuis l’enfance, à l’époque où je regardais de vieilles photos du pont de Brooklyn datant du XIXème siècle, me considérant sans doute comme un migrant potentiel, un déraciné paradoxal, n’a cessé d’exercer sur mon imaginaire une invitation à déguerpir. Les rues encombrées de charrettes à bras du Lower East Side, les tenements en briques et leurs escaliers métalliques, leurs appartements surpeuplés, le quartier juif ou Italien, Ellis Iland, les histoires d’émigrants ont toujours eut une résonance particulière dans l’idée que je me fais d’un impossible 800px_Mulberry_Street_NYC_c1900_LOC_3g04637u_editretour au foyer. Si cette ville a toujours cristallisé l’idée de départ, de nouveauté totale, elle a souvent engendré la recréation d’une patrie quittée dans des conditions difficiles, idéalisée dans la distance. L’exil favorise la réinvention de ses origines, et la concentration ethnique, même l’espace d’une génération, fabrique un nouvel enracinement. Le génie de New-York tient sans doute à cela. Les populations se déplacent, opèrent un retour sur leur identité, puis se dispersent grâce à la forte mobilité sociale américaine, qui fonctionne, malgré la misère et les épreuves. Il y a, pour nous français, à l’heure où nous nous contractons autour de débats identitaires oiseux, une vraie leçon à tirer de cette expérience. Un descendant de migrant américain, lorsqu’il quitte sa condition, ne fait pas retour au pays des origines pour fouiller son passé, mais au quartier dont sont sortis ses parents. On ne peut rêver, par ici, chose plus étrange. Verrait-on des banlieusards retourner dans leurs cités pour respirer l’odeur de la rue ? Je peux vous certifier, ayant vécu mon enfance entre un immeuble planté au bord d’une autoroute, aux confins de l’une des pires banlieues françaises, et une Espagne lumineuse, que je n’éprouve aucun plaisir, quand je retourne par hasard au bord de ma quatre voix.

Mobilité Sociale : ne pas négliger cela, car l’identité se fait dans la reconnaissance et non sous la menace, sans perspectivenewyork_paulineperetz de hisser sa vie hors du marasme. Bien-sûr on pourra m’objecter que je passe sous silence la condition des noirs américains ou des indiens. Non je ne la nie pas. Il s’agit toujours d’un échec considérable et les afro-américains, malgré l’élection d’Obama, restent encore les laissés-pour-compte d’un système souvent très dur, mais ou les perspectives existent.

Bref, j’ai donc eu la chance de parcourir récemment et pour la première fois cette ville. Grâce à ma compagne et à deux amis américains. Les chinois, pourtant présents depuis longtemps sur la côte Ouest, ont remplacé les juifs autrefois chassés par les pogromes et la misère, les porto-ricains, les Irlandais chassés par la famine et la maladie de la pomme de terre. Ils travaillent avec la même ferveur que leurs prédécesseurs. New-York, c’est le monde entier et le monde entier se fond dans cette cité depuis son origine. Je ne saurais trop vous recommander la lecture de : New-York, histoires, promenades anthologie et dictionnaire, une somme remarquable, dirigée par Pauline Peretz. Des strates d’histoires se confondent à New-York. Certes, cela n’a jamais été sans heurts, je le répète, mais cette ville, d’une incroyable beauté, génère toujours une énergie incomparable avec le Paris d’aujourd’hui. Pour un écrivain, il n’y a pas meilleur creuset qu’une mégapole encore vivante, ou tant d’histoires se rencontrent et se heurtent. De ses heurts, de ses soubresauts, peut naître la littérature.USA_124     

 Conseils de lecture : La trilogie de Dos Passos bien-sûr. Ragtime de Doctorow ou Billy Bathgate du même auteur. La trilogie New-Yorkaise de Paul Auster.  

Posté par Olivier Sebban à 18:19 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]